Deleuze dans cette conférence décrit l'acte de la création comme un acte de résistance. A la manière de Michel qui vole pour en quelques sortes s'exclure de la société, et donc lui résister.

Cette conférence de Deleuze m'a permis de me rendre compte de certaines choses. Tout d'abord l'acte de création serait un acte, un moyen de résistance. Je comprends son point de vue, cela dit j'ajouterais un bémol, puisque cette acte de résistance dépend de l'état d'esprit du créateur. Je m'explique. Si une personne corrompue crée, alors sa création sera elle aussi corrompue? Donc fausse? A mon avis, oui, la création peut être un moyen de résistance, seulement si le créateur est assez objectif pour faire la part des choses. Cela dit, faire la part des choses, et connaître le rapport entre le bien et le mal, s'avère, en ayant vue pickpocket, être flou, voire brouillé, en fonction du contexte. Michel vole. Michel ne vit quand même pas comme un roi, pourtant c'est un voleur. Il vole pour subvenir à ses besoins naturels. Et pourtant, même en volant pour subvenir à ses besoins, le vol est quand même répréhensible. Et c'est comme un acte, qui croit, qui progresse, qui évolue. Le vol devient alors un automatisme voire même une drogue.

Un pont entre les méthodes de création entre Deleuze et Bresson est visible selon moi. Tous deux décortiquent méticuleusement, point par point, afin de suggérer au spectateur, une idée générale, dans laquelle flottent plusieurs micro-idées. A travers les plans de mains de voleurs, Bresson suggère, le vol à l'arrachée, rapide, efficace, technique, et nous montre cette technique de larcin, à travers des plans serrés sur les mains de Michel. Dans le cas de Deleuze, pour nous faire arriver au point où il affirme que la création est un acte de résistance, il décortique toute les notions dont il a besoin pour expliquer cette idée plus générale, il parlera donc, de l'idée, de l'information, de la compétence, du parcours, etc… Comme Bresson utilise la main pour signaler le larcin.

Tous deux, renommés dans leurs propres domaines, philosophie et cinéma, on se rend vite compte qu'un philosophe peut nourrir le cinéma, autant que le cinéma peut nourrir la philosophie. Les disciplines se lient, se superposent se complètent. Je pense que Deleuze a une façon assez sculpturale de voir les choses. Il décrit point par point l'acte de création, en piochant des exemples à droite et à gauche, il fait exactement pareil que Bresson avec ses plans qui sont des coins d'images, des bribes d'action qui constituent une histoire sur laquelle vient se greffer un son qui ajoute une complexité à la compréhension de l'image, une complexité qui selon Deleuze permet de cacher un message derrière le message. Le tout formant une espèce de souvenir cinématographique, une architecture, une sculpture autant de temps que d'idée. Alors on est en droit de se demander si l'acte de création dans quelque domaine que ce soit dépend d'une méthodologie commune, le même genre de connexion des synapses, mais avec des liens qui dépendent de notre propre parcours, de nos choix, de nos aptitudes. Comme si le fait que Michel devienne un pickpocket, induisait qu'il allait suivre le même parcours que tous les autres voleurs mais avec sa propre éthique, sa propre morale.